En septembre 2018 cela fera huit ans que nous sommes établis au Québec. Si jamais je n’ai retrouvé la flamme de m’installer dans un autre endroit qu’à Québec, il faut dire que depuis ces deux dernières années le doute s’éprend de moi plus souvent que je ne le voudrais.

Heureux, nous le sommes pleinement, dans notre décision et dans notre vie ici, mais le manque de nos proches est présent et nous devons apprendre à vivre avec, et ce depuis que nous avons posé le pied en terre canadienne. Là, est tout le dilemme, trouver l’équilibre dans nos émotions, dans le fait de vivre d’un bord de l’Atlantique plutôt que de l’autre. L’arrivée de Justin a fait tanguer la balance à nouveau, et a suscité bien des réflexions.

Je suis enceinte…

En avril 2016, deux petits bâtons font leur apparition sur le test de grossesse. Joie, euphorie, amour et surexcitation s’emparent de moi, de nous. On le voulait ce petit bébé et on le voulait surtout en début d’année puisque 13 mois plus tard on devait se marier en France. Il ne fallait pas qu’il tarde à venir… Merci la vie.

Chanceux, nous sommes rentrés une semaine en France (pour le mariage de ma demi-sœur) et nous avons eu le privilège d’annoncer en personne notre petit bonheur en construction à nos familles et à nos amis. Cette fois, pas de Skype mais la vraie vie, celle d’être là physiquement, de se serrer dans les bras, de se parler (sans coupure) et de vivre intensément le moment. Comme si on vivait là, encore. Les planètes étaient bien alignées puisque ce voyage était prévu depuis longtemps et j’étais à 6 semaines de grossesse. Même si c’était un peu tôt pour l’annoncer, impossible de ne pas le faire. Bref, du bonheur puissance 1000.

Voir mon ventre s’arrondir, mon corps se transformer je l’ai partagé à mes proches par Skype ou encore Snapchat. Des photos publiées sur mon fil Facebook et aux commentaires remplis de gentillesse, s’ajoutaient des « j’aimerais ça te voir, vivre ça à tes côtés, partager ces moments ». Mais non, impossible, on reste chacun derrière nos écrans et on vit de photos et de petits mots bienveillants.

Souvenir de grossesse à Magog

Déjà, à ce moment, je trouvais dommage de ne pas vivre cette période incroyable avec ma maman. Quelques années plus tôt, lorsque nous étions en réflexion de quel côté de l’Atlantique nous allions vivre, j’avais dit : « On sera obligé de rentrer je ne peux pas vivre une grossesse, ni avoir d’enfant loin de ma maman ». À elle de répondre qu’il ne fallait pas rentrer pour cela, qu’il fallait qu’on vive notre vie. Mes beaux-parents l’avaient rejointe et nous avaient bien gardés de rentrer pour eux.

Ainsi se posaient déjà les jalons de mes doutes. Doutes qui se renforcirent à la naissance de Justin en novembre 2016.

Un nouveau membre dans la famille et un nouveau sentiment…

Mon frère et ma maman ont fait le voyage pour partager une semaine intense en émotions pour l’arrivée de notre petit canadien. Aux joies de l’arrivée et de la fameuse rencontre, les pleurs et le déchirement ont fait place dans mon cœur lors de leur départ. Jamais, non jamais je n’ai pleuré ainsi lors d’au revoir, pas même la première fois, lors de notre tout premier départ, jamais. Certes les hormones étaient de la partie (sans aucun doute même) mais un nouveau sentiment face à la distance allait naître et ne plus me quitter, celui de la culpabilité.

Elle s’est installée, de nouveau accompagné par le doute et les questionnements. Ces trois-là ne me quittent guère depuis, et, même si parfois ils me laissent du répit, ils reviennent me saluer, montrer qu’ils sont toujours là surtout lors de nos escapades en Europe.

  • Priver mon fils de ses grands-parents, ses oncles et tantes, ses arrière grands parents (car il a la chance d’en avoir encore cinq)
  • Priver mon fils de nouer des liens extraordinaires avec les enfants de nos amis avec qui ils pourraient jouer pendant que nous, nous prendrions un bon repas.
  • Priver mon fils d’échanges spontanés avec nos proches, de Noël en famille, de weekends improvisés entre amis, de jouer avec ses cousins le plus souvent possible, …

Bref, le couper de ce bonheur dont nous avons joui, nous, en étant auprès de nos familles tout jeune. Et à l’inverse priver nos familles de voir Justin évoluer, grandir, les aimer et s’attacher à eux.

Ma culpabilité je la partage ici, j’essaye d’y trouver les mots justes afin de mettre un baume sur mon petit cœur de maman déchiré entre le Canada et la France. Cette partie de l’article je l’ai écrit assez vite après notre dernier retour de France en juin 2018. Me livrer ainsi, coucher mes émotions sur mon écran m’a libéré, j’en avais sincèrement besoin et je dois dire que ça m’a également remis sur le bon chemin. Puisque si je parle de culpabilité il faut aussi, honnêtement, parler de bonheur… celui de l’expatriation.

Et le bonheur dans tout ça ?

Il y a douze ans lorsque j’ai foulé pour la première fois le sol québécois mon cœur s’est emballé. Tout me plaisait, les grands espaces, les gens, les maisons, l’ambiance, bref le coup de cœur total. D’ailleurs lors de notre dernier voyage à l’étranger, au Portugal, je me disais qu’il devait faire bon vivre ici à l’année avec le soleil et ces jolis décors, mais, c’est aussi là que j’ai réalisé que jamais je n’avais eu ce désir profond de m’expatrier de nouveau. Jamais je n’ai ressenti ce besoin de vivre ailleurs comme je l’’avais eu en 2006 pour le Québec.

Je suis revenue de mon voyage en clamant haut et fort, à qui voulait bien l’entendre, que j’irais vivre au Canada un jour. Lorsque j’écris cela je réalise que j’ai concrétisé mon rêve et je sais à quel point c’est merveilleux de pouvoir le faire, d’aller au bout de ses projets.

Bien que notre expérience au Canada devait se limiter à une année, huit ans plus tard nous y sommes encore et malgré tout, soyons bien honnêtes, nous sommes très heureux. C’est là toute la complexité de l’expatriation. Il y aura toujours ce déchirement de vivre notre vie comme on la souhaite, de se réaliser tant sur le plan professionnel que personnel, d’être heureux de ce que nous avons construit ici, mais d’être à 6000 kilomètres de notre patrie, de nos proches.

Cela dit, il y a un constat qu’on ne doit pas omettre dans ce bilan, la distance crée aussi de merveilleux moments. Jamais nous n’aurions vécu chez nos parents 15 jours de suite à l’âge adulte (ou inversement quand ils viennent chez nous). Si ces instants sont moins spontanés que le quotidien ils n’en restent pas moins intenses et forts. Lors de nos retrouvailles, on optimise, on savoure encore plus et on vit à 200% ces journées ensemble. Malgré tout on réussit à ajouter pleins de jolis moments dans nos boîtes à souvenirs et on se compte chanceux de pouvoir le faire. Parfois même, lorsque je fais le décompte sur une année, il arrive qu’on passe plus de temps ensemble que lorsqu’on vivait en France. Comme quoi…

N’oublions pas aussi que la technologie aide à vivre avec la culpabilité, chaque jour j’envoie des vidéos de Justin à ma famille. Si bien que lors de notre dernière visite, ma grand-mère Edith du haut de ses 78 ans me disait en parlant de Justin : « il n’a pas changé, on le voit grandir avec les vidéos ». Mon petit cœur battait fort de soulagement, finalement avec la technologie (merci Snapchat) j’arrive tout de même à combler le vide que cause notre éloignement.

Il est où le bonheur, il est où ?

Réussir, être heureux peut se faire n’importe où, nous sommes les acteurs de nos vies. Cette fameuse distance qu’on ne peut changer fait partie de notre quotidien et on doit justement s’en servir pour construire notre propre bonheur. Elle n’est pas une fatalité, elle est l’occasion de vivre plus intensément nos moments en famille et nos soirées entre amis. Cela se fait de façon plus condensé certes, mais assurément ces instants sont riches et précieux. Je veux que mon fils apprenne à les chérir comme on le fait, c’est ainsi que l’on réussit à trouver le juste équilibre entre le bonheur et la culpabilité de vivre l’expatriation. Pas facile mais je crois qu’on s’en sort quand même assez bien …

🇨🇵❤👨‍👩‍👦💙🇨🇦

PS : Pour conclure la conclusion il me paraîtrait bien injuste de ne pas évoquer la famille de cœur que nous avons ici. Des collègues de travail devenus amis, des rencontres d’expat’ sur le net, ces personnes sont précieuses et la vie ici, sans eux, n’aurait clairement pas la même saveur. Chacun contribue à notre bonheur et à notre équilibre. Ils ne prennent la place de personne mais bien la leur, à part entière. Vous vous reconnaîtrez sûrement et sachez que notre famille est choyée et privilégiée de vous avoir.

➤ Et vous, vous la vivez comment votre expatriation avec les enfants ?

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Merci d’avoir pris le temps de lire cet article un peu différent de nos récits de voyage 💕

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